Quel long et désespérant hiver, morne et préoccupant, non contente d’éprouver la fatigue et la lassitude qui frappe souvent en cette saison, ce sont les chevaux qui semblaient avoir déserté ma vie…

Des mois passés à ne plus rien  éprouver en regardant, en montant et en peignant un cheval, aucune étincelle juste une immense fatigue qui engloutit toute énergie, monte insidieusement et finit par noyer tout désir.

C’est une étrange et  oppressante sensation, presque une amputation de tout ce qui fait mon identité, ma joie de vivre, mon oxygène… de longues semaines à m’interroger sur l’origine de ce néant incroyable qui m’emplit au fur et à mesure qu'il me  vide, m’immobilise et glace mon âme… Rien n’y fait, impossible de comprendre quel est ce mal qui me gagne et surtout, pourquoi… Impossible également de l'expliquer, de mettre des mots sur ce mal être si profond et peut être également peur que l'écrire ou le dire lui donne une contenance et une réalité qui m'effraie d'autant plus.

Acculée dans la noirceur asphyxiante de ce terrible hiver, j’ai tentée de me débattre, de réagir, de combattre ce mal, mais comment combattre un ennemi invisible ? Comment retrouver le gout de peindre, le gout de faire corps avec ma merveilleuse Danha, comment réussir à se fasciner à nouveau pour la courbe d’une encolure, le galbe d’une jambe, le son des fers qui claquent au rythme du pas ?  Comment vivre sans toutes ces petites choses qui ont toujours été scellées à mon être… En créant le manque peut être ? Et si mes chers chevaux  ne me manquaient plus jamais, quelle vie puis-je mener sans eux et sans cette énergie qu’ils m’insufflent ? 

Lasse de me battre ainsi contre une chimère, j’ai finalement décidé d’accepter et de m’en remettre à demain, attendre et poursuivre cette morne errance en espérant qu’un beau jour le cauchemar prenne fin…

 Ces quelques mois paraissent s’allonger et se trainer comme un siècle entier et je m’imagine déjà avec horreur finissant mon existence au rythme de l’adage métro-boulot-dodo, quand le printemps vient enfin me tirer de ma torpeur, de chétifs rayons de soleil filtrent à travers les murs de ma cellule et je m’éveille tout en douceur.

IMG_0730Comme une convalescente je prends les crayons un à un, je prends mon temps et ne prétend plus à dévorer papier et énergie, à bruler des étapes, à éclabousser tout de peinture… Cette longue douleur qui a percé mon cœur est encore fraiche et je ne veux pour rien au monde la ressentir à nouveau. Je savoure donc, prend le temps de caresser un chanfrein du bout de mon fusain, d’en brosser les poils de la pulpe d’un doigt et d’attendre que brille une étincelle dans son œil, je l’approche et le cajole comme on le ferait pour un animal farouche, je tente d’apprivoiser ma passion infidèle, de lui redonner confiance et de me réconcilier avec cette compagne volage.

Je retrouve cette plénitude qui me gagne lorsqu’enfin le cheval de papier m’absorbe dans son univers lorsqu’il entraine mon esprit et mes mains, lorsque je le flatte autant que je le façonne. Revivre enfin tout juste suspendu à une ligne de pastel est si délicieux !