Par un beau jeudi soir ensoleillé, le sort à frappé Danha et sa cavalière… Lors d’un galop effréné, la selle mal sanglée tourne, envoyant la cavalière à terre et terrorisant

la pauvre Danha.

La selle sous le ventre, les étriers frappant durement ses postérieurs, Danha a trop peur pour raisonner son instinct qui lui ordonne de galoper comme si sa vie en dépendait… Ce terrible instinct de fuite chez les chevaux les a souvent sauvés par le passé mais est malheureusement de nos jours et avec nos chevaux « civilisés » le facteur déterminant de tant d’accidents…

Pourtant d’ordinaire la princesse est téméraire et préfère faire face au danger pour en analyser la nature… cette fois c’est trop violent, trop brutal trop douloureux pour qu’elle s’arrête.

Par chance dans sa déraison et son affolement, la recherche de la sécurité et d’un peu d’aide l’aura poussée à rentrer aux écuries. C’est après un galop éreintant sur le sol dur de la foret, après être tombée surement, avoir accidentellement passé le pied dans l’étrier, qu’elle pénètre au grand galop dans la cours des écuries et stoppe net sa course en croisant la première âme vivante. Immédiatement elle se calme et attend que l’on fasse quelque chose pour elle ; ses jambes sont en sang et tout sont corps brulant et trempé d’écume tremble et palpite.

La voir ainsi est une torture, j’arrive aux écuries et y retrouve la cavalière contusionnée mais bien vivante, je m’approche du box avec le cœur battant d’appréhension… elle est là, dans son box, les yeux encore exorbités, trempée et brulante malgré la douche froide qu’on lui a donné juste avant, elle ne pose pas son postérieur et il est très enflé…

Ce qui se passe ensuite est étonnant, du moment où nous entrons toutes les deux dans son box, lui parlant tout doux, la caressant doucement, je sens alors son œil s’adoucir, petit à petit elle se détend et commence à se refroidir un peu. Elle nous regarde, nous reconnaît et finalement viens plaquer son front tout contre moi, ces petits gestes presque enfantins me rassurent, elle est toujours là, toujours prête à communiquer et elle demande de l’aide.

Elle grignote un peu de foin en attendant l’arrivée de la vétérinaire, elle redevient sereine elle semble savoir que l’on va s’occuper d’elle... Vraiment étrange en un sens…

Après plusieurs heures de soins durant lesquels elle serre les dents et nous montre un courage à peine croyable, elle est perfusée pour évacuer toutes les toxines accumulées par le stress et l’effort violent.

Je la veille enroulée dans une de ses couverture, blottie au fond du box, tenant la longe pour qu’elle n’arrache pas la perfusion je la regarde, je l’écoute mâchonner calmement son foin et me détend à cette douce musique. Dans le silence de cette nuit fraiche, alors que le produit s’écoule au goutte à goutte, je me surprend à redécouvrir une mélodie que l’on entend toujours mais que l’on n’écoute presque plus… Le bruissement des sabots dans la paille épaisse, les claquements sourds de ses lèvres attrapant un brin parmi tant d’autres, le bruit régulier de ses dents mâchant le foin, elle caresse parfois au passage mes cheveux du bout de son nez, s’y attarde quelques secondes pour poser son souffle chaud sur moi et l’odeur du foin frais parvient même l’espace d’un instant à me faire oublier l’effroyable odeur acre du produit de perfusion… cette petite mélopée m’élève un instant loin de toutes les angoisses, plus près d’elle et loin de tout, mon cheval passe-muraille me reprend et encore une fois, l’espace d’un moment les murs disparaissent il n’y a plus que moi et mon rêve né cheval.

Ce rêve que j’espère si souvent galopant, m’emportant sur son dos au rythme d’une course folle, le voila cette nuit là enfermé entre quatre murs, estropié, ébréché, fissuré… et pourtant je redécouvre l’essentiel, ce qui me transporte réellement n’est plus cette chimère faite de figures complexes,  de muscles se contractant sous les miens, de sueur et de vitesse. Ce qui me transporte est simplement là sous mes yeux : Elle et rien que ça, sa seule présence suffit à m’insuffler ce bonheur et ce bien être.