En ce samedi pluvieux je me rend aux écuries en quête d’un peu de bon temps avec ma princesse, il est 14h, les écuries sont calmes, pratiquement personne, pas de bruit, juste le souffle du vent dans la foret… Je m’approche du box de Danha, et je m’aperçois bien vite que derrière la porte que je n’entrevois dans la pénombre ni sa tête ni son dos… Un petit sourire s’imprime sur mon visage, je sais ce que cela veut dire… Tout doucement et le plus silencieusement possible, je fais glisser le loquet, entrouvre la porte et me glisse dans le box en prenant soin de refermer derrière moi. Danha est là, couché au milieu du box, avec sa dignité de princesse, les jambes délicatement repliées sous elle, sa couverture bien droite, l’encolure tournée vers moi, ses petits yeux brillants mais encore à moitié clos par la somnolence.

Je m’accroupis et lui parle tout doucement, il est très rare qu’elle ne se précipite pas debout à peine la porte ouverte… non par peur, mais par empressement de sortir !

De la façon dont elle est couchée, difficile de faire le tour pour me mettre à l’opposé de ses jambes, du coté qui est le plus sur si elle décide de se relever d’un coup… Tant pis, si je veux qu’elle me fasse confiance il faudra donc que je montre l’exemple !

Elle est calme et elle semble m’attendre ; je me glisse alors contre son flanc entre ses antérieurs repliés et ses postérieurs et m’assois contre elle, je laisse une main courir sous sa crinière pour l’apaiser et qu’elle comprenne que nous nous accordons une minute de tranquillité.

Doucement, elle tourne la tête vers moi, appuie son bout du nez doux et chaud contre moi, elle semble heureuse de pouvoir lézarder encore un peu et d’avoir en prime quelques caresses, à mesure que je passe ma main sur son chanfrein elle se détend, ferme les yeux et laisse sa tête aller contre moi, peser de tout son poids dans ce geste d’abandon.

Son souffle sur mon épaule et le lent mouvement de ses flancs contre moi m’apaisent, je m’appuie un peu plus contre elle à mesure qu’un sentiment d’infini bien être m’envahit. Je suis bien là, j’y resterai une vie entière à savourer cet instant rare de complicité et de confiance ultime.

3_4Mon cheval passe-muraille me transporte une fois de plus loin de tout, les murs s’éloignent puis disparaissent, les bruits extérieurs s’assourdissent, pour un instant plus rien n’a plus d’importance que la chaleur de son corps, de son regard, de son souffle, nous somme toute deux ailleurs, dans un univers qui n’appartient qu’à nous.

Dans l’intimité du box obscur, a même la paille, bercée par sa respiration, l’image de ma sculpture d’une femme accroupie contre un cheval couché me revient tout à coup… Voila surement un rêve de réalisé, nous devenons pour une minute ce couple que j’ai rêvé et créé.

Une minute dont il faudra se souvenir pour l’éternité car elle est de celle qui participe à ériger le monument du bonheur, une simple pierre à l’édifice, mais un instant de plénitude qui me fait réaliser à quel point l’amour que je lui porte est immense, à quel point rien ne peut avoir plus d’importance que de savourer de tels instants, de savoir les attendre, les saisir, les chérir et les rendre éternels.