21 mars 2008
Terre d'asile...
Où se réfugier lorsque tout va mal, lorsque la souffrance de l’esprit, torture le corps aussi…
Ma terre d’asile, l’endroit dans lequel j’aime à me réfugier, à me blottir, à m’oublier…cet endroit magique où je me perds, n’est pas bien grand…C’est une vallée de velours, prise entre un naseau grand ouvert qui souffle le vent chaud de cette terre promise et une bouche patinée par le temps ridée de sagesse comme une roche millénaire… Au creux de ces deux volcans est ma terre d’asile, une douce et chaude vallée accueillante et réconfortante.
J’y pose ma joue et ferme les yeux et tout s’efface, l’espace d’un instant toute pensée disparaît, l’odeur de sa peau m’enivre, la douceur de ce tapis anthracite m’enveloppe et seul le bonheur me soulève au bruit du souffle qui court comme une rivière souterraine sous cette terre si fine… Plus d’angoisses, plus de monde extérieur, juste cet état de grâce sur cette île logée dans mon cœur, hélas trop petite pour pouvoir y rester toute une vie mais si précieuse pour en oublier les tourments l’espace d’une minute…
19 septembre 2007
Il faut savoir composer parfois...
L’équitation, un concept qui peu être aussi simple qu’il peut s’avérer compliqué !
Prendre son cheval et partir en foret est simple, juste partir et penser à autre chose, se libérer des tensions de la journée, se sentir libre…. Mais prendre son cheval et partir au manège promet d’avantage de complications, promesses de réflexions qui viendront se prolonger bien après avoir mis pied à terre, bien après la douche, le diner… Ces interrogations qui viennent me chatouiller jusque dans les bras de Morphée, dans mon inconscient galopant toujours la nuit et aspirant à l’ivresse de pirouettes ou de piaffer aériens, le tempo et la musique des sabots frappant le sol, le souffle de mon cheval arrondissant son galop… Toutes ces sensations inimaginables que mon corps et mon esprit viennent encore réclamer au plus profond de mon sommeil…
Les journées sont longues loin de ma princesse, il ne passe pas une journée sans que je ne pense à elle, à ce qu’elle m’a donné la veille, à ce qu’elle pourra me donner ou me reprendre ce soir… Les heures stagnent et j’use laborieusement le bois de mon bureau avant de pouvoir retrouver le cuir de la selle, les odeurs chaudes de paille, de foin et de chevaux.
Et toujours mon imagination galope, prévoyant ce que nous ferons ce soir, travail, liberté, travail à pied, et surtout quel objectif sera fixé.
Ce travail n’a pour seul objectif que notre bien être de couple équestre, rechercher un certain dépassement de soi ensemble, sans douleur et sans contraintes, s’amuser ensemble… Jamais de démonstration ou de compétition à la clé, je pourrai rester des heures seule avec ma princesse dans la pénombre de mon manège !
Ce soir là j’arrive enfin aux écuries, comme après une longue apnée, j’avale goulûment l’air chargé de ces odeurs de chevaux…Je respire enfin !
Ma princesse est en plein repas, qu’à cela ne tienne, je m’apprête à la préparer dans son box afin de la laisser finir sa ration. Cependant la demoiselle à d’autres attentes, à peine ai-je appuyé la porte du box derrière moi, qu’elle la pousse à pleines dents et avance de quelques pas dehors, elle se retourne et me regarde… Quand je pense que ce cheval était « autiste » il y a quelques années ! Le moins qu’on puisse dire est qu’elle sait désormais communiquer et se faire comprendre !
La préparation est laborieuse, la demoiselle ne tient pas en place, je la selle et nous marchons un peu avant que je ne me mette en selle. Au moment ou je trouve ma place dans ma selle, Danha démarre au petit trot… En général ce genre de comportement ne présage rien de bon lorsque je rêve d’une séance de travail en légèreté… La sentant très explosive, je me dirige vers le manège, impossible de revenir au pas, elle souffle, se contracte et trottine toujours ; j’entame donc une détente au trot…
Cela ressemble plus à un hit d’entraînement de trotteur ! Idanha développe tout de suite ses foulées, jette rageusement les antérieurs en avant et avale les longueurs, se couche dans les tournants et repart de plus belle… Quinze minutes n’y suffiront pas, elle ne veut pas entendre raison et continue de se durcir, mon bras gauche commence à être douloureux et je sens cette terrible colère qui pointe en moi, je me contracte aussi…
Mais cette fois, je décide non seulement de lutter contre la colère mais de m’accorder quelques instants pour analyser la situation. Danha n’a plus été comme cela depuis des mois, elle est appliquée et calme dans le travail… Alors pourquoi ce brusque retour en arrière ? J’entrevois soudain une raison simple, si simple qu’elle nous échappe parfois… Elle à de l’énergie à revendre et elle n’a pas du tout envie de la dépenser à travailler, je crois que le manège lui sort par les yeux ! Ma jument est simplement entrain de me dire à sa façon « sors-moi de là et vite ! »
Je lui demande quelques foulée de pas espagnol, elle sait que cela annonce la fin d’une séance alors elle s’applique !
Sitôt fait, nous sortons du manège, je déshabille la bête qui me regarde en coin se demandant sûrement si j’ai bien compris le message et si je ne suis pas en colère. Je la mène au manège de liberté et la lâche… Il me faudra peu de temps pour être sure d’avoir fait le bon choix ! Ventre à terre elle traverse le manège en long en large et en travers, se cabre, repars de plus belle en ruant violemment comme pour asseoir un peu plus sa liberté. Place aux jeux ensemble, elle me charge et s’arrête à quelques centimètres, se cabre, repars en poussant un petit cri strident, queue sur le dos et naseau dilatés. Elle est heureuse !
Quant à moi qui avait rêvé d’une belle séance de travail toute la journée, je ne suis pas déçue, bien au contraire, je suis heureuse d’avoir su surmonter mes envies et mon impatience, de ne pas avoir céder à cette terrible déformation que l’on vous enseigne dès le plus jeune age ( entendez vous encore parfois votre monitrice de l’époque crier « allez, il faut qu’il cède, il faut imposer ce que tu veux et l’obtenir… » ? ) Non cette fois j’ai fait taire le fantôme de cet enseignement à sens unique, j’ai su faire taire ma propre colère, ma propre douleur et j’ai écouté ma princesse. Je la regarde s’ébattre librement et encore une fois je constate à quel point ce cheval est ma vie…
01 septembre 2007
Le retour de la princesse aux pieds nus!
Enfin! enfin je retrouve ma princesse, en ce beau matin de Septembre voila l'expédition vers les prés verdoyants et humides ou miss Danha jouait les tondeuses à gazons!
Toujours un peu angoissée à l'idée de l'état dans lequel je vais la retrouver, pas trop maigre? ses pieds fragiles pas trop abimés? pas de bobos? Je l'apperçois au fond de son pré, elle me voit et accourre... Celle ci il n'y a pas besoin de carottes pour l'attraper, après un mois passé seule dans son pré, elle n'a qu'une hate, se frotter contre moi, se faire gratter la crinière le toupet, les yeux le garrot, elle ne sais plus par quel bout commencer! Je la regarde sous toutes les coutures, ses pieds sont impecables, elle a un ventre énorme, et pas de bobos en vue... Je ramène donc mon poneys jaune et hirsutte qui traine son gros bidon.
Elle semble heureuse de retrouver la chaleur de son box, cette année pas de déprime post-estivale, elle est en forme, même un peu trop! Première chevauchée ensemble, nous allons dans la carrière, je ne vais tout de même pas la déprimer dès la première fois dans mon placard de manège... après un quart d'heure au pas tranquille, demoiselle commence à pietiner un peu plus, a rebondir joyeusement pour me signifier qu'il faudrait peut etre passer à la vitesse suppérieure... La sentant relativement calme ( comme quoi après 7 ans de vie commune faudrait pas croire que je la connais par coeur celle là!) j'entamme ma détente au galop..............Détente le mot est faible! elle détalle ventre à terre, naseaux grands ouverts, attrape son mors et me fais les bras... je laisse faire, c'est pas très académique tout ça mais la sentir si joyeuse me grise un peu moi aussi... Le poney qui travaillait dans la carrière en même temps que moi nous regarde à moitié surpris à moitié envieux et nous enchainons les tours de galops effreinés.....C'est trop bon!
Après ça, un peu de remise au travail s'impose pour les séances suivantes, comme d'habitude je crains qu'elle ai oublié des choses, mais non, tout es bien là, la demoiselle est détendue et travaille volontier... Je ne parle même pas des fins de séances "jeux" au cours desquelles elle enchaine de joyeux cabrés, jambettes, croise-papate et pas espagnol.......mon dieu quel bonheur de s'oublier à ce point l'espace d'une heure ou deux....Plus rien que nous, l'odeur de son poil humide de travail, le contact léger sur les rênes, le bassin soudé avec son dos, la communion parfaite, plus de mots, plus de maux, le silence et la compréhension, rien que cela.....
26 août 2007
A pied dans la tourmente
Pour nous ce mois de vacance sera bien différent cette année, après des mois passés aux cotés de ma mère à lutter contre un cancer métastasant un peu partout, après des mois à être juste là, impuissante, à employer toute mon énergie à être utile autant que possible, à donner tout ce que je pouvais donner, à maintenir à bras le corps une lueur d’espoir dans les yeux de ma mère et de tout le reste de la famille, après ces mois à s’oublier soi-même, à lutter contre la fatigue, la colère, le désespoir, après ces longs mois, les médecins ont coupés le fil ténu qui nous raccrochait à ma mère et qui la maintenait en vie…
Il n’y a plus rien à faire, plus d’espoir ont-ils dit, il faut la laisser partir… Dans cette situation douloureuse, nous nageons entre deux eaux, entre la vie qui brille encore parfois dans ses yeux, et la mort qui a obscurcit ses traits…
Le matin du premier Août, maman est partie… Je me suis réveillée à la même heure avec cette boule à l’estomac, et cette étrange impression… Puis le coup de fil implacable qui m’envoie au fond du gouffre… Incapable de bouger, je reste allongée, les muscles paralysés, le cerveau embrumé, me répétant ces seuls mots « maman est morte, maman est morte… »Comme pour m’obliger à y croire, pour que l’idée soit définitivement ancrée en moi… Elle est partie, durant des minutes, des heures, je le répète encore et encore, jusqu’à ce que Didier vienne me sortir de ces limbes où je m’abîme, vienne me faire prendre conscience que j’appartient à la vie, au monde des vivants et qu’il n’est pas possible de rester entre les deux…
Nous passons donc le mois d’août en Corse, en famille comme prévu, à cela près qu’une personne manque, qu’une chaise reste vide, qu’un rire reste muet… Se retrouver tous ensemble pour affronter l’inacceptable, pour se réconforter les uns les autres…
Affronter la journée de son enterrement, sous le soleil de plomb qui pèse sur nous et nous accable encore un peu plus. Tous ces gens rassemblés sur la place de l’église de notre petit village, ce village qui a vu naître et grandir ma mère s’apprête à l’accueillir une dernière fois… Tous ces gens qui nous embrassent et nous étreignent, comment leur faire comprendre que nous aimerions tant être seuls, ne pas être touchés, ne pas être embrassés, juste seuls avec notre peine, expier tout ce chagrin loin de leurs regards, être seuls une dernière fois avec elle… Nous entrons dans la petite église du village, ici ma mère et mon père furent baptisés, ici également ils se marièrent, cette même église dans laquelle mes grands parents et arrières grands parents ont reçus leurs premiers et derniers sacrements… Ici tout commence et tout finit, la vie, l’amour qui donnera de nouveau la vie, et enfin la mort. Elle est si belle cette église, ses murs bleus défraîchis, ces statues de saints que je connais depuis ma plus tendre enfance… La messe est chantée en latin par trois hommes corses, personne ne pourra retenir ses larmes , les voix s’élèvent sous la voûte et nous entraînent au plus profond de nous même…
Ce dernier instant avec elle, tous réunis autour d’elle et déjà si loin… La procession jusqu’au petit cimetière familial, ils sont tous là, ils semblent l’attendre comme une promesse de désormais veiller sur elle qui fut notre mère, leur fille leur nièce, leur petite fille… Une dernière rose, une dernière prière, un dernier je t’aime, glissent silencieusement sur son cercueil descendu et tout est finit… La procession remonte pour de nouvelles embrassades, des mots de réconfort, de soutient, d’amitié, d’amour… Je reviendrai demain lorsque tout le monde sera loin, comme toujours, j’irai saluer mes ancêtres et pour la première fois, je parlerai à ma mère au pied de sa tombe, je lui dirai ce que je n’ai pu lui dire la veille, pas Adieu, mais à bientôt ici ou ailleurs… J’emporte avec moi son souvenir et son amour.
Le quotidien dans cette maison où nous avions coutume de passer les vacances tous réunis est difficile, parfois nous vivons comme nous allons devoir vivre désormais, heureux et insouciant de nouveau, et la seconde d’après, une ombre passe sur un visage, un silence s’alourdit, heureux oui mais sans elle… Il est difficile de vivre ici sans la voir partout, parfois il me semble l’entendre m’appeler, ou l’apercevoir lorsque j’ouvre une porte… Nous oscillons entre la vie qui reprend ses droits et de terribles accès de tristesse, de manque, d’injustice… Je me surprend à faire les choses que a mère faisait et de la même façon, j’irai même jusqu’à me brûler la main dans le four par manque de précaution, ce dont nous blâmions régulièrement ma mère… Ensemble nous tachons de faire face et de laisser un peu de coté la légendaire pudeur familiale pour ce qui est d’exprimer ses sentiments…
La vie semble donc reprendre son cours et la vie est douloureuse, les nuits sont longues et peuplées de cauchemars, je rêve sans cesse l’enterrement de ma mère, et lorsque ce n’est pas cela, c’est mon cheval que l’on m’enlève… Jamais je crois ma belle Danha ne m’a tant manqué…J’aimerai tant l’avoir près de moi, étouffer mon chagrin contre son encolure, cacher mes larmes sous sa crinière, presser ma joue contre son poil doux, me cacher dans la pénombre de son box, m’oublier sur son dos , faire corps avec elle, oublier mes muscles, mes pensées, mes peines…Voler quelques instant à la souffrance, suspendre la vie le temps d’une foulée de galop, chasser tout cela le temps d’un cabré… Cela parait absurde d’être autant en manque de son cheval alors que l’on vient de perdre sa mère… A vrai dire peu de gens sûrement peuvent le comprendre… En fait, je m’accroche à ce qui est encore accessible ; l’absence de ma mère sera toujours douloureuse, mais je ne pourrai jamais y remédier, alors mieux vaut manquer de ce que l’on peut retrouver… Ce mal irrépressible me ronge sans que je puisse trop l’avouer, qui comprendra cela ? J’ai besoin de ma jument pour vivre, elle est une partie de moi. Le tableau de ma vie que je croyais innocemment intemporel vient de se transformer en puzzle, une pièce vient de disparaître à jamais laissant un trou noir… Je sais exactement à quoi ressemblait cette pièce, ma mémoire la gardera intact mais le puzzle sera à jamais incomplet… Ma belle Danha est elle aussi une pièce du puzzle qui pour l’instant à été mise de coté, cependant dans ces heures douloureuse je voudrai que ma vie soit complète autant que possible, je voudrai que toutes le pièces les plus importantes soient réunies pour que la vie reprenne ses droits et puisse enfin continuer… Voila pourquoi alors que je pleure ma mère, je pleure également mon cheval éloigné, voila pourquoi alors que ce vide en moi sera à jamais présent, je ne rêve que de galoper et de sentir mon cheval m’enlever un instant à tout cela…
les vacances de Danha
Les vacances arrivent enfin, pour nous comme pour Idanha, enfin elle chausse ses protections de transport et comme chaque année, elle connaît la destination… Le paradis d’Idanha est un grand pré verdoyant réservé à elle seule, pour que son ego de cheval indépendant et peu sociable ne soit pas froissé ! Comme nous elle semble préférer aux cohues des plages bondées, les grands espaces où elle est libre de s’ébattre à sa guise ! Ce luxe étant pour l’instant possible, le pré de miss Danha est réservé ! d’autres chevaux broutent dans les pâtures avoisinantes et ce voisinage lui suffit. Voila donc le paradis de miss Danha, la garantie d’un mois de vacances à brouter tranquillement sans personne –ni homme ni cheval- pour l’importuner.
A peine sortie du camion, elle m’emmène vers les prés, elle tire piaffe et trottine, elle connaît le chemin et aimerait tant que je lâche le licol pour qu’elle puisse y galoper tout droit !
Sitôt lâchée, elle s’élance, nez au vent, queue en panache, elle ronfle bruyamment pour s’annoncer et plane de son trot magistral vers le bas du pré, nargue les copains à coté, joue les entiers, pirouette pour faire demi-tour et remonte au grand galop ventre à terre pour finir par se cabrer devant nous !
Pas de doute, elle est heureuse, elle se jette par terre les flancs battants et le souffle lourd de sa course et se roule longuement… Lorsqu’elle se relève, elle est devenue cheval de pâture, calme et paisible, n’aspirant plus qu’à une chose, brouter…
Nous nous éloignons, tout en sachant que si nous nous retournons parfois pour lui jeter un dernier regard, elle ne lèvera pas la tête pour nous regarder partir, elle est heureuse et c’est tout ce qui compte.
Chaque année, ce mois de vacance au pré est difficile pour moi, j’oscille entre la joie de savoir ma beauté heureuse et le déchirement que je sais devoir ressentir durant un long mois loin d’elle…




