Idanha et Ticia

Depuis qu'Idanha, cette petite jument grise, est entrée comme une tornade dans ma vie, j'apprend à penser cheval... Ce blog est avant tout dédié à Idanha et à nos réflexions équestres...

12 février 2008

Artiste en souffrance...

Comment vit-on après avoir perdu un être cher ? comment continue t-on son chemin lorsque un pilier du pont s’est effondré, a disparu à tout jamais ?

Voila une question que je me suis posée après cette épreuve difficile.

Dans ma vie tout ce que je fais et entreprend va toujours dans le même sens, tout se recoupe, tout tend vers le même désir de créer et de vivre, à la recherche permanente du bonheur.

Après m’être longtemps pâmée dans la douleur, peut être pour appeler au secours, sûrement pour attirer l’attention, à présent je ne cherche que le bonheur ; pas de ce bonheur préfabriqué que l’on ne conçoit qu’avec des choses matérielles, mais de celui qui se savoure en instants fugaces, une petite minute infime de plaisir, une minute durant laquelle mon cœur se soulève et bat plus vite, une minute qui m’étouffe presque, tellement elle est intense… Cette minute là est plus précieuse que tous les rêves de millionnaires…

Seulement être heureux, seulement savoir trouver le bonheur chaque jour malgré les défaites, les déceptions ou les malheurs…

Les malheurs et les douleurs me reconstruisent désormais, je ne veux pas les oublier, je veux juste bâtir quelque chose de nouveau sur ce modeste champ de ruine…

Cette recherche du bonheur reconstruit est permanente, après avoir perdu ma mère je ne concevait plus de peindre, je n’y ressentait plus aucun plaisir, seulement une douleur aigüe au fond de mon âme, un pincement cruel qui me rappelait que j’avais sûrement peint jusque là dans le mauvais dessein : celui de lui plaire.

Hélas moi qui avais toujours clamé que je peignais pour mon plaisir avant tout, je réalise alors que je me m’étais égarée…

L’acte de peindre venait bien du fond de mon être mais restait conditionné par le plaisir de voir briller de fierté les yeux de ma mère lorsqu'elle regardait un tableau; ce n’était bien sur pas le seul but, mais s’en était un certain… Comment donc continuer une toile en sachant qu’elle ne pourrais plus jamais en être fière… J’ai voulu pourtant poursuivre et chaque séance devenait une torture intérieure de plus en plus grande, un état qui au lieu de me donner du plaisir ne faisait que me confirmer que non seulement j’avais perdu ma mère mais qu’elle était partie avec un peu de moi…De ces séances, je n’en ressentait que le vide absolu, la création dans un trou noir qui aspire toutes mes envies et anéantit mes émotions…

Les réflexions vont bon train, passant de la lâcheté de tout abandonner et tout renier à l’envie malgré tout de continuer et poursuivre l’œuvre aussi modeste soit elle… Peindre pour moi et seulement cela, dans un premier temps tacher de me retrouver et de m’avouer vraiment qui je suis, pas seulement être celle que l’on voudrait que je sois…

C’est une libération malgré moi qui s’avère douloureuse, je m’aperçoit très vite que je ne sais pas comment « me lâcher » comment ignorer tout cet amas de fausses contraintes, d’excuses d’incapacité, de barrières factices… Passer au dessus de ça, me mettre quelque peu en souffrance, pour être honnête tout d’abord avec moi et enfin avec ma peinture… Il me faut trouver autre chose, suivre une autre voix, créer ma voix, trouver pourquoi j’ai malgré tout cette terrible envie de ne pas abandonner.

renouveau1Cet éternel recommencement n’est pas non plus sans me rappeler mes entreprises équestres… Rien n’est jamais acquis, en peinture comme à cheval et comme dans la vie…

C’est une petite part de masochisme artistique qui côtoie et se confronte à la quête du bonheur…

Le travail n’est qu’à peine débuté il me faut à présent agir, tâtonner, chercher, avoir le courage de remettre à nouveau tout en question, jusqu’à ce que l’évidence s’impose à moi… Mais cette révélation sera t-elle si évidente que cela ? saurai-je la reconnaître, la maîtriser et l’apprivoiser… La roue est sortie de l’ornière mais la route est encore longue…

Posté par articia à 15:47 - LE CHEVAL ET L'ARTISTE - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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01 février 2008

De la légèreté...

La légèreté…. Un vaste concept très en vogue en ce moment, tout le monde aspire à la légèreté, tout le monde en parle et pourtant, je vois tellement peu de couples qui semblent y accèder…

Voilà donc ce que je pense de la légèreté, pour moi elle ne peut se résumer à allèger des actions de mains et des actions de jambes, la légèreté est bien plus que cela, bien plus proche de la symbiose du cavalier avec son cheval que d’une nouvelle équitation…

La légèreté suppose de connaître et d’être connu de sa monture de manière à former un couple qui se respecte mutuellement, rien ne sera dès lors ni exigé ni consentit, les mouvements seront crées et initiés à tour de rôle.

Malheureusement cette état de grace tant rêvé reste éphémère, un muscle se contracte et le couple se sépare en cavalier et monture, l’alchimie est à refaire sans cesse.

Ne plus demander, ne plus imposer sa volonté au cheval mais avoir la sensation de comprendre et d’être compris, de ne faire plus qu’un, de décider ensemble de se que l’on va faire. Aller dans une direction en la visualisant, penser une transition et l’exécuter, méler son corps à celui du cheval et bien plus encore, partager enfin le même corps et le même esprit.

Chacun propose et décide, nous ne sommes plus qu’une volonté unique.

6Les exercices n’existent plus, plus rien n’est rigide, j’attend l’instant qui se prêtera au mouvement, j’attend que ma belle demoiselle soit prête et nous nous engouffrons pour quelques secondes dans l’oubli total de tout ce qui a pu être prémédité, tout cela n’est qu’une successions de mots dessinés sur le sable, un roman éphémère effacé par les vagues.

La magie de l’équitation est là, l’esprit en oublie sa soif de posséder, de bâtir, de gagner et s’abandonne à la joie de créer et de défaire pour recommencer sans fin…

Ce rêve éphémère de symbiose enfin atteint, ne plus penser, ne plus exiger mais seulement faire et créer ensemble, attendre l’instant où se profile à la sortie d’une courbe un mouvement plus léger qui ne demande plus d’effort puisque naturel, il est offert il est saisit et se perd dans l’instant, le corps n’existe plus, les muscles sont oubliés, les murs du manège disparaissent les sons s’assourdissent et l’on se perd dans l’extase de se mouvoir ensemble…

Je ne peux plus oublier la sensation surnaturelle du premier passage que m’a jument m’a offert, ce rebond silencieux et cadencé qui suspend une fraction de seconde mon cœur et ennivre mon esprit, l’espace d’un instant nous quittons le sol et cet instant insaisissable suffit à effacer le monde…

Plus de crispations, plus d’interrogation, la légèreté n’est que cela, se fondre avec son cheval et ne plus exister en tant qu’humain, devenir cet être mythologique tant rêvé : le centaure.

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