26 août 2007
A pied dans la tourmente
Pour nous ce mois de vacance sera bien différent cette année, après des mois passés aux cotés de ma mère à lutter contre un cancer métastasant un peu partout, après des mois à être juste là, impuissante, à employer toute mon énergie à être utile autant que possible, à donner tout ce que je pouvais donner, à maintenir à bras le corps une lueur d’espoir dans les yeux de ma mère et de tout le reste de la famille, après ces mois à s’oublier soi-même, à lutter contre la fatigue, la colère, le désespoir, après ces longs mois, les médecins ont coupés le fil ténu qui nous raccrochait à ma mère et qui la maintenait en vie…
Il n’y a plus rien à faire, plus d’espoir ont-ils dit, il faut la laisser partir… Dans cette situation douloureuse, nous nageons entre deux eaux, entre la vie qui brille encore parfois dans ses yeux, et la mort qui a obscurcit ses traits…
Le matin du premier Août, maman est partie… Je me suis réveillée à la même heure avec cette boule à l’estomac, et cette étrange impression… Puis le coup de fil implacable qui m’envoie au fond du gouffre… Incapable de bouger, je reste allongée, les muscles paralysés, le cerveau embrumé, me répétant ces seuls mots « maman est morte, maman est morte… »Comme pour m’obliger à y croire, pour que l’idée soit définitivement ancrée en moi… Elle est partie, durant des minutes, des heures, je le répète encore et encore, jusqu’à ce que Didier vienne me sortir de ces limbes où je m’abîme, vienne me faire prendre conscience que j’appartient à la vie, au monde des vivants et qu’il n’est pas possible de rester entre les deux…
Nous passons donc le mois d’août en Corse, en famille comme prévu, à cela près qu’une personne manque, qu’une chaise reste vide, qu’un rire reste muet… Se retrouver tous ensemble pour affronter l’inacceptable, pour se réconforter les uns les autres…
Affronter la journée de son enterrement, sous le soleil de plomb qui pèse sur nous et nous accable encore un peu plus. Tous ces gens rassemblés sur la place de l’église de notre petit village, ce village qui a vu naître et grandir ma mère s’apprête à l’accueillir une dernière fois… Tous ces gens qui nous embrassent et nous étreignent, comment leur faire comprendre que nous aimerions tant être seuls, ne pas être touchés, ne pas être embrassés, juste seuls avec notre peine, expier tout ce chagrin loin de leurs regards, être seuls une dernière fois avec elle… Nous entrons dans la petite église du village, ici ma mère et mon père furent baptisés, ici également ils se marièrent, cette même église dans laquelle mes grands parents et arrières grands parents ont reçus leurs premiers et derniers sacrements… Ici tout commence et tout finit, la vie, l’amour qui donnera de nouveau la vie, et enfin la mort. Elle est si belle cette église, ses murs bleus défraîchis, ces statues de saints que je connais depuis ma plus tendre enfance… La messe est chantée en latin par trois hommes corses, personne ne pourra retenir ses larmes , les voix s’élèvent sous la voûte et nous entraînent au plus profond de nous même…
Ce dernier instant avec elle, tous réunis autour d’elle et déjà si loin… La procession jusqu’au petit cimetière familial, ils sont tous là, ils semblent l’attendre comme une promesse de désormais veiller sur elle qui fut notre mère, leur fille leur nièce, leur petite fille… Une dernière rose, une dernière prière, un dernier je t’aime, glissent silencieusement sur son cercueil descendu et tout est finit… La procession remonte pour de nouvelles embrassades, des mots de réconfort, de soutient, d’amitié, d’amour… Je reviendrai demain lorsque tout le monde sera loin, comme toujours, j’irai saluer mes ancêtres et pour la première fois, je parlerai à ma mère au pied de sa tombe, je lui dirai ce que je n’ai pu lui dire la veille, pas Adieu, mais à bientôt ici ou ailleurs… J’emporte avec moi son souvenir et son amour.
Le quotidien dans cette maison où nous avions coutume de passer les vacances tous réunis est difficile, parfois nous vivons comme nous allons devoir vivre désormais, heureux et insouciant de nouveau, et la seconde d’après, une ombre passe sur un visage, un silence s’alourdit, heureux oui mais sans elle… Il est difficile de vivre ici sans la voir partout, parfois il me semble l’entendre m’appeler, ou l’apercevoir lorsque j’ouvre une porte… Nous oscillons entre la vie qui reprend ses droits et de terribles accès de tristesse, de manque, d’injustice… Je me surprend à faire les choses que a mère faisait et de la même façon, j’irai même jusqu’à me brûler la main dans le four par manque de précaution, ce dont nous blâmions régulièrement ma mère… Ensemble nous tachons de faire face et de laisser un peu de coté la légendaire pudeur familiale pour ce qui est d’exprimer ses sentiments…
La vie semble donc reprendre son cours et la vie est douloureuse, les nuits sont longues et peuplées de cauchemars, je rêve sans cesse l’enterrement de ma mère, et lorsque ce n’est pas cela, c’est mon cheval que l’on m’enlève… Jamais je crois ma belle Danha ne m’a tant manqué…J’aimerai tant l’avoir près de moi, étouffer mon chagrin contre son encolure, cacher mes larmes sous sa crinière, presser ma joue contre son poil doux, me cacher dans la pénombre de son box, m’oublier sur son dos , faire corps avec elle, oublier mes muscles, mes pensées, mes peines…Voler quelques instant à la souffrance, suspendre la vie le temps d’une foulée de galop, chasser tout cela le temps d’un cabré… Cela parait absurde d’être autant en manque de son cheval alors que l’on vient de perdre sa mère… A vrai dire peu de gens sûrement peuvent le comprendre… En fait, je m’accroche à ce qui est encore accessible ; l’absence de ma mère sera toujours douloureuse, mais je ne pourrai jamais y remédier, alors mieux vaut manquer de ce que l’on peut retrouver… Ce mal irrépressible me ronge sans que je puisse trop l’avouer, qui comprendra cela ? J’ai besoin de ma jument pour vivre, elle est une partie de moi. Le tableau de ma vie que je croyais innocemment intemporel vient de se transformer en puzzle, une pièce vient de disparaître à jamais laissant un trou noir… Je sais exactement à quoi ressemblait cette pièce, ma mémoire la gardera intact mais le puzzle sera à jamais incomplet… Ma belle Danha est elle aussi une pièce du puzzle qui pour l’instant à été mise de coté, cependant dans ces heures douloureuse je voudrai que ma vie soit complète autant que possible, je voudrai que toutes le pièces les plus importantes soient réunies pour que la vie reprenne ses droits et puisse enfin continuer… Voila pourquoi alors que je pleure ma mère, je pleure également mon cheval éloigné, voila pourquoi alors que ce vide en moi sera à jamais présent, je ne rêve que de galoper et de sentir mon cheval m’enlever un instant à tout cela…
Commentaires
C'est si jolie ce que tu dis malgrès le chagrin et la situation...
Comme je te comprend pour Danha, ce sont vers eux que l'on se tourne quand cela ne va pas. Pas de jugement, pas de peine, ils sont la vie simple et paisible, ils sont plaisirs et sensations.
Je t'embrasse.
Bonjour,
Je lis votre blog depuis quelques mois car je partage la même passion que vous : le cheval (les lusitaniens surtout !), le dressage... et cet amour si spécial, cette délicieuse maladie qui nous lie corps et âme à "ce formidable compagnon qu'est le cheval" (dixit Nuno Oliveira).
Je lis votre blog en toute "discrétion", sans laisser de commentaire. Je le lis car je m'y sens bien, tout simplement.
Aujourd'hui, j'ose venir y laisser quelques mots... simplement pour vous dire que j'ai le sentiment sincère que l'extrême finesse et la grande générosité de votre sensibilité vous "aideront" sans aucun doute à traverser cette terrible et bien douloureuse épreuve.
J'ai hâte de vous lire à nouveau.
Bien sincèrement
Virginie
merci
Merci,
Béné comme toujours tu sais trouver les mots. ( quoique pour "pas de jugement" il aurait fallu que tu vois le regard noir de ma demoiselle lorsque je suis allée la chercher au fond de son pré...de quoi culpabiliser!!!)
Virginie, enchantée ( quelqu'un qui cite Nuno Oliveira ne peut etre que bienvenue ici!!)heureuse que mon blog vous soit agréable et que vous ayez laissé un commentaire, parfois avoir l'impression de parler dans le vide à du bon pour se livrer et en même temps lire les commentaires enrichit l'expérience.
Alors au plaisir de vous relire bientot j'espère!
Il n'y a pas tout a fait quantre ans, un peu avant sept heure du matin, la sonnerie du téléphone m'a réveillé et j'ai appris la terrible nouvelle.
La lecture de ton article a fait couler les larmes sur mes joues (de compassion pour toi et d'emotions trop souvent enfouies), ma maman me manque tellement.
Comme toi ce jour là et après ces funérailles j'ai noyé mon chagrin après des chevaux. Aujourd'hui encore ils gravitent dans mon univers, partageant mes bon comme mes mauvais moments. Ils sont les meilleurs anti-depresseurs que je connais.
Je te souhaite bon courrage pour continuer à avancer malgrè tout, la vie vaut vraiment le coup d'être vecu.
J'hai hate de lire la progression de Danha,
Je t'embresse.
Vio
merci
Merci Viola pour ton message, cela doit arriver un jour ou l'autre on le sait toujours, mais rien ne peut nous préparer à vivre après...c'est vrai que sans ma princesse la vie serait parfois bien plus difficile à affronter.
Ticia, je viens de lire ce message, je cherchais à l'origine un blog qui me parle de chevaux, simplement avec passion sans énumérer les races et sans donner de leçon...je suis une passionnée des chevaux comme toi...mon rêve est de vivre comme toi une passion avec un cheval...peut être un jour... mais je veillie, j'ai 34 ans, deux enfants et un mari ;)...j'ai aussi un papa adoré qui en ce moment lutte contre un cancer du poumon métastasé depuis un an...ton message me touche beaucoup...je redoute tant ces moments pires que ceux que nous sommes entrain de vivre...bref, je te garde dans mes favoris et permet moi de te mettre en line sur mon tout nouveau blog ;)
Continue à ecrire si joliement ton histoire avec Idhana...
à bientôt
merci
Merci pour ce petit message qui me va droit au coeur.
Je suis désolée pour votre papa, mais tant qu'il se bat, tout n'est pas perdu, je vous souhaite beaucoup de courage pour affronter tout cela et de savoir trouver du réconfort auprès de votre famille et des chevaux.
ticia que pourrais je te dire? je me suis vue dans tes mots, mon histoire fait des interlignes avec la tienne. Bien que pour moi cette afreuse nouvelle par un matin glacé de l'hiver fut pour ma grand mere pour qui j'avais et j'ai toujours un amour indéfinissable. Et moi aussi ce qui m'a manqué le plus a ce moment la c'est un cheval!
Tous les "vrais" pationnés le dirons il n'y a pas meilleur ami, réconfortant, simplement écoutant que le cheval. Il devient tres vite "notre raison de vivre".
J'ai appris en rentrant en France qu'un de mes oncles avait un cancer, va s'en suivre une longue et difficile expériance, avec laquelle j'esperre faire preuve de courage pour mon oncle.
isabelle
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