19 mai 2007
Expo au CSI La Courneuve
Me voila donc plongée au cœur de ma seconde passion, la peinture ! En réalité il s’agit là d’un exercice lié à cette passion, tout comme il est parfois nécessaire de s’exposer aux critiques à cheval, il en va de même pour la peinture, les réaliser est un acte très intime, très renfermé sur soi-même ; aussi faut-il un jour les livrer au yeux de tous et accepter tout ce que l’on peut en recevoir, compliments et critiques sont indispensables à la création, à la réflexion et surtout à l’humilité.
Me voila donc installée dans ma tente pour trois jours, tous mes chevaux sont là, des plus fiers au plus maladroits, tous attendent que l’on vienne à eux.
Tout comme l’équitation, la peinture est la garantie d’une éternelle remise en question, une vie ne suffirait pas plus à atteindre la perfection équestre que la perfection picturale, tout peut toujours être amélioré, la barre est sans arrêt montée d’un cran …
Ces deux arts sont éphémères, ce qui a été crée hier n’est pas simplement acquis pour demain, il faudra sans relâche, travailler, réfléchir, recommencer et savoir s’arrêter… Les tableaux restent comme un cheval dans son box, attendant que l’on y vienne chercher, un peu de l’émotion que l’on a ressentit en les créant reste comme gravé en filigranne dans la trame régulière de la toile de lin.
Chacun lira ou non cette émotion, ressentira ou non quelque chose d’autre qu’une pale beauté dont on se lassera vite, comme un cheval que l’on découvre pour la première fois, outre les jugements morphologiques que l’on y porte, chacun aura sa préférence pour un œil qui pétille, pour un port de tête altier, pour une foulée ample et souple…
De même les tableaux auxquels je porte le plus d’affection ne sont pas toujours les plus plebiscités, il est fréquent que mes vilains petits canards remportent bien plus de suffrages que mes fougueux entiers ! C’est pourquoi, je n’opère plus ou presque plus de sélection dans mes expositions, tous mes chevaux sont menés au terrain de concours et libre à chacun d’attirer plus l’attention qu’un autre…
Les expositions sur les terrains de concours sont une merveilleuse expérience pour moi, tout d’abord, mes tableaux sont confrontés à tout public, cavalier professionnel, propriétaire ou éleveur, spectateur avertit mais également simple badaud qui « passait par là » !
Au-delà de cela, les rencontres sur les terrains sont toujours enrichissantes, cette fois ci il s’agit de M. Meyrier, illustrateur pour Le Larousse, pour Cheval Magazine et bien d’autre, cet homme d’une autre époque est d’une telle stature qu’il est impossible en le voyant passer de ne pas penser, cet homme est un artiste ! Il arpente le terrain, pipe à la main, sa longue barbe blanche au vent, derrière cette apparence qui ne manque pas de me rappeler Cezanne, il arpente le terrain, parle et salue tout le monde, il est de ces hommes qui n’ont plus rien à prouver à qui que ce soit et qui profitent pleinement de ce que leur apporte chaque moment.
Ces journées sont longues et éprouvantes, je passe de la morosité d'attendre que quelqu'un vienne, à la passion des échanges avec différentes personnes, jusqu'à l'exitation de vendre une toile, de voir l'un de mes protégé partir vers une nouvelle demeure...
Ces expositions sont également pour moi une épreuve afin de me confronter aux autres, comme la plus part des artistes, je ne me sens pas l’âme commerciale, parler de ses œuvres avec d’autres n’est pas toujours facile, les vendre et même parfois les contre-marchander est encore plus difficile !
Je n’ai pas encore l’aisance de ce viel homme qui passe devant ma tente, la question que les gens me posent le plus souvent est « c’est vous qui les peignez ? » cette question est généralement assortie de grands yeux ronds étonnés, il faut croire que bien qu’en ayant l’âme, je n’ai pas le profil de l’artiste !
Je philosophe tout cela en songeant peut être me mettre à la pipe ! ou à laisser mes cheveux hirsutes ( pour la barbe ce sera difficile !) et mes ongles noirs de peinture !
Quoi qu’il en soit aujourd’hui j’aurais passer une épreuve supplémentaire, non seulement j’ai vendu un tableau mais qui plus est je l’ai vendu en anglais ! à vrai dire je me suis même sentie plus à l’aise en anglais, comme si le fait de changer de langage me déshinnibait totalement... Je suis fière, c'est mon premier tableau international! celui là ira donc faire de l'oeil à un propriétaire Irlandais...
dernier cours de la semaine
Dernier cours avant un long week-end loin de ma jument, lorsque l’on a des passions dévorantes il faut savoir sacrifier à l’une comme à l’autre, pour ce week-end, ce sera donc la peinture.
Mais pour l’heure nous retournons dans notre petite bulle, sur la piste du rond de travail, nous retrouvons le maître, à nouveau il faut replacer ma position, cela se fait déjà plus naturellement depuis la séance à cru. La jument se pose sur son mors, aujourd’hui un verdun avec un jouet en cuivre, elle a l’air d’apprécier cet allègement et le confort des canons plus épais…
Nous reprenons les exercices de spirale, en y ajoutant cette fois des transitions vers l’arrêt ou vers le trot, les démarrages se font un peu en dérapage, mais il faut respecter le principe de toujours demander un peu plus au cheval au fur et à mesure des séances, sans cela le cheval s’ennuie et ne se concentre plus sur son travail…
La séance se passe à merveille et je commence à être fière de nous ! Je cesse petit à petit de reporter mon poids en avant et du coup ma belle Danha se fixe et reste posée sur son mors en confiance dans le mouvement en avant comme dans les arrêts.
Tout devient désormais possible, Idanha marche d’elle-même au pas d’école, je la soupçonne de volontairement flamber devant le maître ! Et ma fois ce dernier à l’air d’apprécier les facéties de la belle !
Pour l’instant nous ne touchons pas aux airs de spectacle, il ne faut pas tout mélanger et les séances demandent déjà beaucoup à la belle, les efforts physiques tant que les efforts de concentration l’épuisent littéralement.
Nous finissons donc par un pas de plus vers le campo à pied, Danha s’étend et reste ainsi à scruter pour savoir qui donnera la première carotte !
Voila je rentre ma belle à son box et la laisse donc pour les trois prochains jours aux mains du maître…
Je lui fais parfaitement confiance pour s’occuper de ma précieuse jument, mais la confiance n’exclue malheureusement pas les angoisses presque maternelles que j’éprouve à ne pas être là…



