05 mai 2007
Mon royaume pour mon cheval et mon manège !
Je suis bien dans mon manège !
Je suis incorrigible, un vrai rat de manège, j’avoue et j’assume. Rien n’est plus agréable pour moi que de pénétrer dans la pénombre du manège, ce doux cocon silencieux et propice au travail, quelques rayons de soleil viennent traverser l’air chargé de poussière.
Les sorties en foret ou en carrière sont des choses que je m’oblige à faire pour le bien être de ma jolie Danha, mais rien au monde ne peut remplacer les moments de bonheur passés dans le manège.
Bien à l’abri entre nos quatre murs, Idanha se concentre sur moi et je me concentre sur elle, nous somme ensemble, muscles et cerveaux intimement liés nous essayons de nous coordonner, je demande, elle propose, nous tombons d’accord, je caresse, elle est fière d’avoir réussis.. Je ne connais pas d’autre cheval si pressé de bien faire, après avoir longtemps cherché la bagarre elle ne veux plus que me faire plaisir si tant est que je me préoccupe de lui faire plaisir en retour…
Nous partageons ces moments dans notre manège, au calme, loin de l’agitation, des bruits, il n’y a rien d’austère en cela ce n’est rien d’autre que du minimalisme pour arriver à l’essentiel. Nous travaillons, quelques épaules en dedans par ci, quelques appuyers par là, une petite récréation, nous nous détendons, je souris, elle fait le clown et accélère son trot comme un trotteur à Vincennes, elle lance ses antérieurs loin devant, elle plane et moi je ris ! Puis nous reprenons le travail religieusement pour enfin finir par ce que préfère mademoiselle, les clowneries comme je les appelle… C’est à la fin de la séance que je travaille en selle tout ce que nous avons déjà vu à pied, Idanha en garde immanquablement un souvenir excellent puisque c’est le temps des carottes facilement gagnées, des caresses, des encouragements, des clowneries et bien sur cela marque la fin du travail !
le cabré...maintenant il faut assumer
Les semaines suivantes, nous avons bien entendu continué à travailler le cabré, il s'avère en fait que Idanha est non seulement douée pour cet air, mais qui plus est, qu'elle adore ça. En fait le revers de la médaille est qu'elle aime tellement se cabrer qu'elle finit par ne plus faire que cela en liberté... Bien fait pour moi évidemment! A force de la récompenser sans cesse, elle en est arrivée à quémander une carotte en se cabrant... c'est drôle mais un peu gênant tout de même!
Voila donc un nouveau cas de conscience ( tiens il y avait longtemps!), il va falloir que je me fâche un peu... Le problème est qu'en ce faisant je risque de tout perdre. A tout prendre il vaut tout de même mieux s'assurer que l'on maîtrise ce genre de choses que de les subir, tant pis je prend le risque et m'applique donc à sévir pour tout cabré spontané et à ne récompenser que ceux demandés... En réalité j'ai sous estimé l'intelligence et la ruse de la belle qui avait très bien compris qu'il ne fallait se cabrer que sur un ordre précis, elle voulais juste s'assurer que moi aussi je l'avais compris!
Me voila donc avec mon génial petit clown se cabrant sur un simple "Hop", c'est tout de même plus sérieux!
le cabré, cas de conscience...
C'est en jouant avec Idanha en liberté que je me suis aperçu que mademoiselle se cabrait de temps à autre... A chaque fois elle avait réalisé un beau cabré très haut et très droit et chaque fois qu'elle touchait terre, j'essayai de m'approcher pour la caresser pour voir si le calme revenait immédiatement, bien sur aucun soucis de ce coté, la demoiselle paraissait même un peu confuse d'avoir fait ça et se demandais si elle n'allait pas se faire enguirlander!
J'ai longtemps réfléchis sur le cabré, même en étant amateur et novice en matière de dressage de spectacle, je sais que le cabré est un exercice que l'on apprend rarement à un cheval sous peine de le voir se retourner contre le cavalier, on peut jouer avec un animal de 500kg, mais il ne faut pas jouer avec le feu... J'écartais donc le cabré pour l'instant.
Mon esprit toujours occupé à penser à ma chère Idanha, je sondais tout de même le caractère de mademoiselle, pour compter les points. Jamais il est vrai elle n'a fait quoi que ce soit contre son cavalier, malgré parfois des séances difficiles, jamais une ruade, jamais un écart, jamais rien de vraiment vicieux. En cela je me dis donc que le cabré ne devrait pas devenir une défense pour elle... Elle peut se montrer têtue, elle à également le défaut de vouloir tellement bien faire qu'elle anticipe souvent les demandes, et cela risque de poser problème... Confrontant toutes ces réflexions durant des semaines, j'en arrivais alors à la conclusion que je pourrais déjà essayer de le réaliser en liberté et sur demande...
Ma décision prise, il restait encore une autre chose à élucider... Comment lui apprendre le cabré! Cette fois je ne pouvais pas compter sur mes bibles, Mario Luraschi comme Rosario Consentino s'accordaient sur le fait que le cabré était dangereux et que les dresseurs en herbe ne devaient pas s'y adonner... Aucun autre renseignements, j'allais devoir composer seule...
Je ne sais pas si les non-initiés de l'équitation ont une idée de combien un cavalier peut cogiter jour et nuit, à cheval comme à pied, éveillé comme endormis, c'est un foisonnement d'idées, d'hypothèses, de rêves, de contradictions... Tout cela bouillonne et il est difficile de partager toutes ces préoccupations obsédantes...
A cours d'idées et épuisée par la confrontation de toutes les suppositions possibles ou envisageable, je me rendais donc voir l'objet de mes pensées en me disant finalement qu'il faudrait improviser et composer avec la demoiselle.
Comme toujours lorsque j'aborde un nouvel exercice, je m'isolais dans le petit manège de liberté, Idanha en filet simple et longe. Après une petite détente, je me dis aujourd'hui est le jour idéal, Idanha est en pleine forme, je la sens bondissante et joueuse... Je lui demande alors à partir de son cercle de venir me foncer dessus, c'est quelque chose que je peux demander à ma jument, elle me respecte et fais toujours attention à moi. Après plusieurs essais elle finit par comprendre qu'il s'agit d'un jeu, qu'elle ne se fera pas réprimander et se décide à me foncer dessus joyeusement... C'est là que les choses se corsent, pas très sure de moi, je me dis pourtant que je ne dois pas perdre mon aplomb devant la belle, un peu impressionnée je lève donc les bras et la badine lorsqu'elle arrive à quelques centimètres de moi, la réaction est immédiate, surprise et un peu décontenancée, elle reporte son poids sur les postérieurs et se faisant décolle son avant main de quelques centimètres du sol... Immédiatement elle s'arrête et me regarde, craintive, se demandant s'il s'agissait d'un jeu, ou si elle allait se faire réprimander... Je lache tout, attrape une carotte dans ma poche et je fond sur elle en la couvrant d'éloges et de caresses... Je sens les petits engrenages dans sa tête qui se mettent en action!
Galvanisée par ce premier essais, je retente l'exploit tout en me disant que j'aurais peut être mieux fait de la laisser assimiler et d'y revenir le lendemain... Qu'à cela ne tienne je suis lancée, il faut que j'en aie le coeur net! A la seconde fois, Danha ne se laisse plus surprendre et tente de s'échapper... Flûte! on recommence, la demoiselle chauffe, je la rassure, et à nouveau lui demande de me foncer dessus... Et là, quel bonheur, elle se cabre de toute sa hauteur devant moi... Instant de grâce, Idanha debout à quelques centimètres de moi, le temps semble s'être arrêté... que c'est beau, j'en ai des frissons... Doucement, elle retombe sur ses antérieurs et me regarde fièrement, un "c'est bien ça que tu voulais?" se lit dans son oeil, je me pend à son cou et vide ma réserve de carottes! Mon cheval est fantastique! que dire de plus!



